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Livret 1

L’école buissonière

Me G. Notaire dans le Vaucluse me saisit fin 2015 d’un dossier où le défunt laisserait une femme et 2 enfants en Guinée Conakry sachant que sa propre mère est sous tutelle et usufruitière d’un des 2 biens dépendant de la succession : Je fais appel à mon réseau africain.

Un de mes amis, ancien de la police, et surtout formateur en Afrique m’indique un contact qui pourrait connaitre un des leurs sur la Guinée. Au bout de quelques jours il réussit à le contacter au village où le défunt se serait marié. Une personne lui confirme que la jeune épouse et les enfants mineurs sont toujours là.

Je prends donc mon billet d’avion pour un aller-retour express. Vol de nuit via Casablanca, une nuit sur place dans un hôtel, retour par un vol de nuit soit 2 jours pour ma mission !! Je suis attendu à l’aéroport par mon commissaire et nous filons au centre de Conakry pour valider mon visa (visa très spécial).

Il me dépose ensuite à mon hôtel et un rdv est pris pour le jour suivant. Le lendemain nous faisons 4 heures de route africaine, au milieu des vendeurs ambulants, du trafic routier intense : bref l’Afrique !! Nous arrivons au village où la veuve et les 2 enfants nous attendent devant le tribunal local : embrassades un peu forcées de la part des enfants et de la veuve mais le juge n’est pas là !

Nous devrons revenir le lendemain vu qu’il a été retenu à Conakry mais nous en profitons pour comparer les lois françaises et guinéennes avec le juge assesseur car les enfants sont mineurs et il faut que le droit guinéen et le droit français soient compatibles. Il nous faut trouver un moyen de représenter les enfants en France et permettre la vente des biens.

Le lendemain le juge est là et à force de discussions sur le règlement de la succession nous trouvons un mode opératoire et nous en profitons pour aller à l’école du village re-scolariser les deux enfants car depuis 2 ans ils n’ y allaient plus ! Une discussion entre la directrice de l’école, ses assistants, la jeune veuve et les deux enfants s’engage (petite leçon de morale !), je règle les frais de scolarité pour l’année et nous repartons avec le commissaire de police les procurations en mains.

 

Les deux maisons viennent d’être vendues en France. La veuve en a acheté une là bas pour elle et les enfants et deux pour chacun de ses enfants. De temps en temps je reçois un coup de fil de la fille aînée Simone qui me demande des nouvelles et s’il reste quelqu’un en France de sa famille à qui parler.

La mort au coin de la rue

En 1990 en tant que salarié j’avais déjà eu l’occasion d’aller en Uruguay et en Argentine pour plusieurs dossiers et Nicolas avait eu l’occasion d’y aller en 2006.

En 1993 toujours en qualité de salarié, j’étais aussi allé pour deux dossiers sur Porto Rico mais surtout au Venezuela.

Or je me retrouve en 2008 cette fois-ci avec un dossier qui me fait voyager en Italie mais dont une partie des héritiers se trouverait dans la banlieue de Buenos Aires et pour deux autres dossiers au Venezuela : un sur Caracas et l’autre à la frontière avec la Colombie.

 

Les trois dossiers ne sont guère importants financièrement mais le premier sur l’Italie et l’Argentine porte sur une petite maison pour laquelle un acquéreur s’est présenté et les deux autres ne sont composés que de petits comptes bancaires.

Le premier de ces dossiers « vénézuéliens » implique des recherches en Corse pour commencer avec nombre d’héritiers renonçant vu la faiblesse de l’actif.

Mais tant mieux pour les derniers héritiers qui attendent leur part dont surtout deux héritières émigrées dans le Nord du Vénézuela.

 

Je décide donc de partir en novembre 2009 avec une arrivée sur Caracas et je poursuivrai vers la frontière colombienne pour finir à Buenos Aires… Pour mon premier dossier j’avais été mandaté par un notaire nîmois qui avait été lui-même saisi suite à l’abandon de l’affaire par un notaire parisien.

Il ne devait pas y avoir assez de patrimoine d’autant que tous les héritiers étaient au Vénézuela mais nous avions déjà leurs adresses et il fallait juste vérifier les actes d’état civil, obtenir leur procuration.  Ce fût donc chose faite rapidement !

 

Pour le second dossier confié par un notaire du Vaucluse, suite à mes premières recherches, j’avais obtenu un contact au Vénézuela via les héritiers français retrouvés. Mon transfert de Caracas vers la ville de Vittoria à la frontière colombienne est conforme à ce que l’on peut imaginer dans ce pays : on double à fond sur la droite et même sur la bande d’arrêt d’urgence ; les 90 minutes de trajet sont un enfer !

A mon arrivée mon contact m’attend et me prévient aussitôt que la région n’est pas sûre. Il est bien placé pour le savoir car son ami est le chef de la Police locale : chaque jour des meurtres sont commis et pour l’anecdote une équipe de football colombienne vient d’être décimée sur leur sol par un gang !!!

Mon contact héberge l’une des deux héritières corses (qui a suivi son mari au Vénézuela). Je la rencontre (elle est très âgée) et elle me propose d’aller voir sa sœur dans une région un peu plus éloignée et encore plus insécure !

 

Mon contact me fait ramener à mon hôtel par son ami policier en me défendant d’ouvrir à quiconque. Je m’enferme à triple tour…  Trente minutes plus tard un gros 4x4 se gare devant mes fenêtres et quelqu’un toque à ma porte avec insistance.

Je finis par ouvrir et je vois mon contact dans l’entrebâillement de la porte : il vient me donner les consignes pour le lendemain ; nous partirons avec le chef de la Police et 3 gardes du corps armés !!!

 

La visite de l’autre héritière va être un autre souvenir inoubliable. 4 hommes armés bloquent le carrefour revolver au poing puis me font descendre du véhicule. Je sonne au domicile, aucune réponse.

J’insiste et au bout de plusieurs minutes j’entends la voix d’un homme, jeune. Un dialogue difficile commence, la voix fini par m’indiquer que l’héritière est sur un lit depuis des années, paralysée.

Je comprends que j’ai affaire à son fils complètement affolé, à la limite de la schizophrénie. Sa mère était une ancienne employée du Consulat de France mais il refuse de m’ouvrir et me donne rendez-vous dans un jardin public avec mes gardes du corps ; même scénario, les gars se dispersent dans le jardin public, main sur leur révolver et je tente d’expliquer à cet homme la raison de ma venue.

 

Il ne m’enverra jamais la procuration de sa mère. Le notaire refusera de signer l’acte de notoriété et répartir les 27000€ en prenant le soin de consigner la part de cette personne !

Quel gâchis pour tout le monde, d’argent dépensé pour ce dossier et de temps perdu ! Je pars deux jours plus tard pour Buenos Aires où je me rends dans une banlieue populaire pour mon troisième dossier.

 

Tous les héritiers sont au rdv et me donnent facilement leur procuration. Il leur est demandé de passer chercher copie de leur acte de naissance sachant qu’ils travaillent tous et doivent poser un jour de congés pour le faire. Mais à mon retour, j’apprends que la succession est déficitaire !

 

On me propose de faire renoncer mes héritiers mais il m’apparait impossible, après ma visite, de leur envoyer une quelconque renonciation par courrier.

Je réussis cependant à négocier avec un représentant du Conseil Général une baisse significative de la créance afin de garder un solde positif même minime à distribuer entre mes héritiers puisque je dispose de leurs procurations. Ce dossier n’est toujours pas réglé à ce jour car le bien immeuble est en indivision ; une héritière est maintenant devenue incapable et ses enfants refusent de la faire mettre sous tutelle…

 

Ce voyage demeurera le pire de ma carrière !

Le carnet de Tchèques

Année 2014, le dossier nous avait été confié par un notaire des Bouches du Rhône.

Mme D. était décédée veuve et sans enfant. Elle était également fille unique et une cousine germaine s’était manifestée du côté maternel pour revendiquer la succession. Fondée pour la moitié de la succession, il convenait d’effectuer des recherches pour l’autre moitié revenant aux cousins les plus proches en degré de parenté du côté paternel.

 

Le père de la défunte était de nationalité tchécoslovaque. Nos recherches commencent par une enquête de voisinage au domicile de cette dernière. Cela nous permet de savoir que celle-ci avait de la visite peu fréquente de « cousins » d’Europe Centrale.

Il y a donc de la famille à rechercher en République Tchèque ou en Slovaquie. Après analyse des papiers, le lieu d’origine du père est un village de République Tchèque situé dans la région d’Olomouc.

En parallèle nos recherches avancent car le notaire nous confie un calepin retrouvé chez la défunte ainsi qu’un certain nombre de correspondances. Une carte postale intéresse particulièrement notre chercheur Ludovic car elle est écrite en tchèque et elle est récente.

Après traduction il s’agit d’une personne qui souhaite de joyeuses Pâques à la défunte. Intrigué, Ludovic retrouve son auteur grâce à des photos sur lesquelles elle est présente avec la défunte et visiblement d’autres membres de la famille.

La piste est étudiée sérieusement, l’adresse de cette mystérieuse personne est retrouvée et un courrier lui est adressé après traduction en tchèque afin de savoir si un lien de parenté existe et si oui lequel.

Le même courrier est adressé à toutes les personnes identifiables, notées dans le calepin de la défunte. 

L’auteur de la carte postale répond. Il s’agit en fait d’une petite cousine de Mme D. . Ludovic apprend par ailleurs que le père de la défunte était fils unique. Parallèlement d’autres membres de la famille se signalent, des cousins au même degré de parenté.

Il s’avère qu’un déplacement est nécessaire afin de retrouver l’intégralité des héritiers et de justifier de leurs droits. Les héritiers étant âgés et ne maîtrisant visiblement pas l’anglais, nous décidons de faire appel à une traductrice sur place afin de nous accompagner lors du périple.

Sa recherche locale commence aux archives nationales à Prague et le conforte sur le fait que les personnes retrouvées sont bien les héritiers. Il se déplace ensuite plus à l’Est près du lieu d’origine du père de la défunte afin de rencontrer les premiers héritiers retrouvés.

Il s’agit d’un village bucolique au milieu des collines verdoyantes. Les héritiers sont nombreux et habitent majoritairement en République Tchèque. La plupart ont connu ou fréquenté la défunte et son mari.

 

A titre anecdotique l’un d’eux habitant près de Brno lui indique qu’il se trouve sur le site d’une célèbre bataille napoléonienne, Slavkov, plus communément connu sous le nom d’Austerlitz.

 

Le tableau généalogique s’étaye. Cependant il faudra beaucoup de temps, de patience et d’investigations pour retrouver l’intégralité des ayants droits, au nombre de 35, dont certains localisés en Slovaquie, en Suisse, au Canada, en Australie, ou en Autriche.

Le Far West des montagnards

Entre la fin des mois de décembre 2012 et mars 2013 nous arrivent deux dossiers typiques de zones montagneuses.

Le premier provient d’une étude des Hautes-Alpes où apparemment les recherches partent aux USA sur la côte ouest, Californie, Dakota du Nord et Etat de Washington à la frontière avec le Canada.

Le second provient d’une étude de Haute-Savoie pour lequel des recherches seraient à priori à effectuer au Canada sur la côte ouest et au nord de Vancouver.

 

Nicolas responsable des recherches dans le secteur alpin effectue diverses investigations et pour les deux dossiers son travail aboutit à déterminer un nombre de petits cousins, mais surtout il y a des grands-oncles qui partent tenter l’aventure dans le grand ouest américain !

 

Je profite d’un déplacement au Canada mi-septembre 2013 pour donner rendez-vous à Nicolas dans l’Etat du Dakota du Nord (un des états des anciennes grandes plaines à bisons).

Nous devons rencontrer une très vieille héritière et poursuivre sur Seattle pour rencontrer le fils d’un héritier dans l’autre dossier que nous avons finalement pu déterminer par le site des pages blanches américaines.

 

Nicolas arrivé depuis à peine une semaine sur le continent nord-américain va devoir poursuivre la visite des héritiers autour de Seattle et du nord de Vancouver, car je dois rentrer en France pour des raisons personnelles.

 

Mais la météo tourne et les avions ne décollent plus. Du moins plus dans les conditions habituelles. Le vol de Nicolas se voit retardé de plusieurs heures et détourné vers un autre aéroport implanté sur une île au large d’une ville côtière !

Les passagers auront alors à prendre un premier bus avec lequel ils traverseront un bras de mer sur une barge avant de changer de bus et parcourir encore une centaine de kilomètres pour rejoindre la destination finale.

 

Arrivé en pleine nuit, sans dollars canadiens en poche, Nicolas découvrira à l’aéroport la solidarité des habitants de la région. En effet, l’un partagera avec lui son modeste repas (peanuts et boîte de thon) tandis qu’un autre lui réservera une chambre d’hôtel en ville et le déposera.

 

La formule humoristique favorite des locaux « Because of the smoG I took a canceL » au lieu de « Because of the smoKE I took a canceR » ! prendra alors tout son sens !

 

Les conditions météo n’ayant toujours pas évolué le lendemain, c’est la fille d’une héritière qui le ramènera à ce petit aéroport, point de départ de son long périple de retour vers la France

Le chantier du Canal de Suez

En octobre 2007, Maître B. notaire dans le Vaucluse nous interroge au sujet d’une indivision portant sur un terrain qui va passer en zone constructible.

Il connait certains des coindivisaires mais il manque une bonne partie de la famille sachant qu’elle a migré du Vaucluse vers l’Egypte au moment de la construction du canal de Suez (certains des coindivisaires étaient ingénieurs et ont profité de l’aubaine !).

 

Les clients du notaire nous fournissent une ébauche partielle du tableau généalogique et on peut noter des lieux d’établissement comme Alexandrie !

Après avoir vérifié les patronymes « approchant » au Ministère des affaires étrangères à Nantes et aux Archives d’Outre Mer à Aix en Provence, j’en conclus qu’il me manque trop d’informations.

Je vais donc me déplacer en Egypte en commençant par le Caire où je vais rechercher les registres de baptêmes, mariages et sépultures à l’évêché mais aussi faire des recherches dans les registres du plus grand cimetière catholique (j’y rencontre le père Anselmo, italien, qui conserve ces registres).

J’y retrouve trace d’une partie de mes familles recherchées, je note tout sur mon tableau généalogique, j’obtiens des copies de certains actes mais il me manque une partie qui a migré sur Alexandrie et les lieux proches de la construction du canal de Suez (évêché d’Alexandrie).

Je rencontre à l’évêché, une religieuse québécoise qui me donne un coup de main et m’invite à dormir au couvent (seul au rez de chaussée tandis que les religieuses dorment au premier !).

 

Je balaye tous les registres (pour tout le reste de l’Egypte) et je réussis à compléter cette généalogie en fonction des éléments qui m’avaient été fournis !

 

La notaire va pouvoir établir les attestations immobilières en vue de la vente de cette belle parcelle et régler mes honoraires avec les frais engagés…

Disparition de l’avocat de l’héritier Des nouvelles du bagne

La succession la plus extraordinaire en termes de surprises, de voyages nous a été fournie par Me S. notaire en Savoie en mars 2006. Le défunt, Charles G., vieux garçon, meurt sur les hauteurs de Chambéry. En même temps, un autre vieux garçon Pierre R. meurt dans le village voisin et la recherche de ses héritiers nous est confiée !

 

Les 2 vieux garçons sont en fait propriétaires de 2 maisons chacun (la plus ancienne étant la ferme parentale) mais aussi et surtout de nombreux terrains (anciens pâturages) devenus constructibles et fortement convoités par des lotisseurs. Charles G. n’ayant jamais été marié, fils unique, n’a pas d’héritiers proches connus. Nous nous voyons obligés de passer à la génération des arrières grands-parents et rechercher tous les frères et sœurs des 2 grands-parents et leur descendance.

 

Du côté de la grand-mère, la dévolution reste savoyarde à l’exception de deux grands-oncles qui ont migrés en Argentine, dans un petit village situé dans la pampa !

Du côté du grand-père, nous avons aussi des héritiers savoyards mais un grand-oncle disparaît de nos « écrans » à partir d’une condamnation aux travaux forcés et son transfert au bagne en Nouvelle-Calédonie.

Côté argentin, via internet, nous déterminons des familles sur les annuaires portant le même nom que le grand-oncle ; après plusieurs appels téléphoniques, nous sommes assurés d’avoir retrouvé une partie de nos héritiers, qui nous réorientent vers une autre « commune » pour retrouver d’autres cousins.

 

Nicolas, hispanophone, ira en personne, durant l’été, effectuer ces recherches, rencontrer les héritiers retrouvés, les interroger et tenter de s’assurer que nous n’avons oublié personne. Ce sera chose faite début août 2006.

A peine arrivé sur place, Nicolas est invité par le secrétaire de mairie à prendre une collation chez lui en présence de sa femme et ses deux très charmantes filles. Il le met en relation avec un héritier vivant à Rosario (celui qui choisira de prendre un avocat). 

Mais ce dernier lui cache (plus ou moins intentionnellement !) l’existence de deux autres cousins vivant à Buenos Aires, qu’il parvient à retrouver et rencontrer in extremis, la veille de son retour.

L’héritier de Rosario très méfiant nous enverra son avocat en France qui, mal inspiré (il profitait de sa mission pour faire un séjour en Europe) mourra à Budapest, selon nos sources, entre les bras d’une prostituée hongroise.

 

Du côté du grand-père nos recherches en France semblent terminées et nous avons des héritiers en Savoie. Par contre le grand-oncle condamné aux travaux forcés en Nouvelle-Calédonie devait avoir été libéré assez jeune. En effet il avait été condamné seulement à 5 ans de travaux forcés mais son registre matricule militaire (retrouvé aux archives départementales de Chambéry) ne stipulait rien au-delà de sa condamnation ; quant aux archives des impôts et de l’état civil elles restaient muettes aussi !

 

Je fais le point avec Ludovic qui « monte » souvent sur Paris et je lui demande d’effectuer des recherches sur la capitale (nombreux sont les savoyards qui y ont migré) notamment pour vérifier que son registre matricule n’a pas été récrée dans un registre spécial pour les condamnés de ce genre.

Bingo ! Il m’appelle la semaine suivante pour m’indiquer que le « fameux » a un autre casier militaire où il est inscrit que le condamné est parti en Nouvelle Zélande à l’âge de 35 ans ! Nous regardons, via internet, les annuaires néo-zélandais et la seule famille portant le même patronyme s’avère être la descendance (petits-enfants) de ce grand oncle !

 

Un contact téléphonique est pris et vu l’actif successoral important, je demande à Ludovic de prendre un billet d’avion. Véronique, ma collaboratrice, (voyageuse dans l’âme elle aussi) me convainc qu’à 2 ils auront plus de chances de ramener contrats et procurations. Elle ira donc avec Ludovic rencontrer les héritiers.

 

C’est à la fin du mois de décembre que nos deux compères iront à la rencontre de cette famille et ramèneront les contrats et les procurations. Pour la petite histoire, l’été suivant, nous effectuons l’inventaire au domicile de Charles G. et l’un de ses cousins connus à l’ouverture de la succession s’exclame : « Je me rappelle maintenant que mon cousin m’avait parlé d’un parent qui, un jour, était venu le voir depuis la Nouvelle Zélande » (il s’agissait du fils du grand-oncle condamné pour vol à l’étalage !). Vous pouvez imaginer quel aurait été mon désarroi si à ce moment là nos recherches n’avaient pas été poussées à leur terme et que nous ayons oublié cette famille des antipodes !!!

 

Nous avons vendu tout le patrimoine immobilier à l’exception de trois parcelles, cependant entre-temps un héritier argentin est mort et la totalité des héritiers néo-zélandais aussi. Nous venons de reprendre des recherches pour déterminer leurs ayants-droits…

Le filleul du Pope

Un mois à peine après notre voyage au Sénégal, une nouvelle affaire nous est confiée par un notaire de la banlieue grenobloise Maître P. avec un lieu d’origine très proche d’Istanbul (Turquie). Le patronyme n’est ni turc ni arménien mais semble appartenir à la communauté orthodoxe.

 

Je contacte un ami d’origine arménienne qui a encore de la famille près d’Istanbul pour tenter d’avoir un contact francophone sur place. Une fois ce contact établi nous lui demandons de prendre lien avec les autorités ecclésiastiques orthodoxes à Istanbul. Vu la difficulté de travailler en Turquie, je décide d’emmener Ludovic avec moi et le 16/11/2005 nous posons le pied sur le tarmac de l’aéroport Kémal Ataturk.

 

Nous faisons connaissance avec ce jeune étudiant turc francophone venu nous chercher à l’aéroport et nous nous rendons dans le nord du détroit du Bosphore à l’église orthodoxe la plus proche du lieu de naissance du défunt.

 

Arrivés sur place le gardien nous fait bon accueil mais le Pope refuse de nous laisser consulter ses registres (écrits en cyrillique forcément). Nous optons pour une visite du cimetière pour retrouver un caveau de la famille des parents du défunt. Rien de probant toutefois… Le gardien du cimetière finit par faire fléchir le Pope mais la consultation des registres d’état civil et du cimetière ne donne rien.

 

Le Pope s’intéresse enfin à la famille que nous recherchons… Il appelle sa hiérarchie à Istanbul et me passe le combiné au bout de 30 secondes. Le Pope d’Istanbul connaît parfaitement le frère utérin du défunt, il en est même le parrain ! Nous filons sur Istanbul et nous apprenons à notre arrivée que le demi-frère vit à Athènes et qu’il sera prévenu de notre arrivée.

 

Le lendemain matin nous nous envolons pour Athènes, pour rencontrer l’héritier. Malheureusement ce dernier veut contacter directement le notaire pour le règlement de la succession ; nous en serons quittes pour une facture d’honoraires et un remboursement de nos frais…

Allez voir le Lac Rose !

Le 15/09/2005 Maître D-R. notaire dans le Gard me saisit dans le cadre de la succession de Mr S. D. originaire de Dakar (Sénégal). Le frère du défunt s’est présenté en l’étude indiquant qu’il est l’unique héritier. Maître D-R. ayant quelques soupçons me demande de vérifier l’existence d’éventuels enfants voire d’autres frères et sœurs.

 

Ayant déjà été, pour mon travail, dans la région de Dakar, en 1989, je connais l’existence de l’état civil sénégalais et surtout je suis conscient qu’il me faut connaître le lieu ou le quartier d’origine du défunt pour effectuer des enquêtes sur place. Avec mon collaborateur Ludovic nous nous envolons pour Dakar le mois suivant.

 

Le lendemain de notre arrivée, direction l’état civil de Dakar à la mairie. Un de mes confrères parisiens connaissant bien ce pays m’avait prévenu de la quasi-certitude de voir les portes des services se fermer devant moi.

Nous entrons et nous voyons nombre de guichets avec une foule d’administrés (une belle pagaille !) J’indique à Ludovic qu’un guichet est souvent franchi, qu’un couloir le prolonge et que des employés s’y rendent et en reviennent avec un papier à la main. Nous nous avançons, personne ne nous en empêche !

Nous sommes déjà dans le couloir et nous prenons encore le temps d’observer une porte par laquelle les employés s’engouffrent plus que par les autres. Nous la poussons et nous découvrons une femme sénégalaise vêtue d’un superbe boubou bleu.

Celle-ci nous interroge sur notre présence dans leurs locaux. Je lui explique le plus clairement possible que nous avons un dakarois qui vient de mourir en France, laissant des avoirs bancaires et qu’un frère s’est présenté assurant être l’unique héritier !

Sans hésitation elle se lève, nous demande de la suivre dans un bureau un peu plus loin et nous présente deux collaborateurs devant des écrans. L’état civil de Dakar a été microfilmé et indexé depuis 1950 ; nous consultons très vite l’acte de naissance du défunt, apprenons qu’il a été marié à 23 ans et nous lui retrouvons 3 enfants. Parfait !!!!

Nous notons les adresses à la naissance mais on nous déconseille d’y aller. Les gars vont faire le boulot et enquêter mais au préalable une annonce est passée à la radio ainsi qu’à la télévision ! Les enquêteurs nous demandent 2 voire 3 jours de délai et nous suggèrent (gentiment mais fermement) d’aller visiter le Lac Rose.

 

Nous voilà en vadrouille mais 24h plus tard nous sommes prévenus qu’un rdv a été pris avec les héritiers et leur mère pour la signature des conventions et des procurations. Nous avons donc réglé la succession en qualité de mandataire mais le frère du défunt n’est jamais revenu à l’étude pour réclamer quoi que ce soit !

Les joailliers Zurichois

Le 15/04/2003 Marguerite S. décède sur la Côte d’Azur.  Mlle S. partageait sa vie entre Cannes et le Trocadéro (Paris), qui plus est, elle était une ancienne Miss France (1927 m’a-t-on dit photo à l’appui) ! La vie était belle d’autant qu’elle était issue d’une famille de bijoutiers joailliers suisses.

Me H. notaire dans la région grenobloise me précise que 2 « petites » cousines se sont présentées en son étude, souhaitant régler cette succession avec lui. Me H. me fait part du contexte : rechercher les héritiers du côté du père (à effectuer près de Zurich) et vérifier ceux de la famille maternelle sur Paris.

J’entreprends en premier lieu les recherches en Suisse avec un confrère germanophone et très vite nous constatons que plusieurs parties de familles ont émigré en Californie mais aussi au Japon.  Je contacte un de mes collègues nord-américain qui va m’aider lui aussi à démêler cette généalogie, retrouver les branches de famille et interroger les descendants.

Au final nous retrouvons quelques héritiers établis en France et en Suisse mais aucun au Japon et aux USA.

 

Après avoir contacté ces nouveaux héritiers, proposé puis obtenu des conventions de révélation de droit, je m’applique à vérifier la dévolution côté maternel, celle où figurent les deux « petites » cousines.  Avec mon tout jeune (et premier) collaborateur Nicolas, nous effectuons ces recherches sur Paris dans l’immense greffe du Tribunal.

De nombreuses « battues » au nom de WOLLF, WOOLF, WOLF (les noms changent selon les périodes) sont effectuées et nous retrouvons une nouvelle branche en la présence d’un grand oncle qui, né à Paris, s’installe en banlieue à moins de 5km du reste de la famille !

Ce dernier laisse une fille mariée en banlieue. Son acte de naissance ne comporte pas de mention marginale de décès, laissant ainsi supposer qu’elle serait encore vivante, plus proche en degrè de parenté que les cousines qui se sont présentées chez le notaire !

 

Je finis par la retrouver sur Reims quelques jours plus tard et je contacte son fils qui promet de venir me chercher à ma descente du train.  Rdv pris, le fils intrigué m’explique qu’il est sans emploi depuis plus de 2 ans et que son épouse l’a quitté. Sa maman est adorable, elle accepte le principe de mon contrat de révélation et celui d’en savoir plus sur la succession…

Je préviens le notaire de cette découverte ; il n’en croit pas ses oreilles : ses clientes sont évincées de la succession, elles qui se voyaient héritières de belles sommes !!!

 

Quelques mois plus tard l’appartement du Trocadéro et celui de Cannes sont vendus, de même que leur magnifique mobilier sans oublier une superbe collection de tableaux et de bijoux ! Le fils de cette héritière a dû sans doute changer de mode de vie à compter de ce moment là…

L’épouse du militaire 

Alors que je suis créateur de mon cabinet depuis à peine à 7 mois Me G. notaire en Savoie me confie une recherche d’héritiers. Mme N. est décédée en France mais elle s’est mariée à Saïgon (Ho Chi Minh Ville, Vietnam) en 1955 avec un militaire français sachant qu’elle était née à Phnom Penh au Cambodge.

 

Ma mission consiste à vérifier que la défunte n’a pas eu d’enfant, ni de frères et sœurs, et rechercher ses éventuels cousins.

 

Après avoir effectué quelques recherches au Ministère à Nantes, je m’envole pour Ho Chi Minh où je me transporte à la cathédrale après avoir prévenu le père chargé des archives catholiques. Je m’y rends sur un scooter, moyen de locomotion le plus pratique assis derrière un contact local.

Aucune information sur l’acte de mariage ne me permets de progresser ni même de retrouver dans ces archives un acte d’un quelconque parent ou la naissance d’un éventuel enfant de cette union.

 

Je poursuis mon voyage vers le Cambodge pour la capitale Phnom Penh où la défunte est née en 1923.

 

Là aussi j’apprends que le régime khmer a fait fuir (voire a décimé) un grand nombre de cambodgiens, qu’il n’existe plus d’« anciens » susceptibles de me renseigner et que les archives ont été brûlées. On me conduit dans un 4x4 de l’ONU au travers des quartiers mais il faut se rendre à l’évidence que cette succession profitera à l’état français et que je ne pourrai espérer que le remboursement de mes frais ... !!

 

Ce sera pour une autre occasion ! En tout cas j’ai pu me rendre compte de la difficulté d’effectuer des recherches dans ces deux pays…

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